Brokeback Mountain

Publié le par yak

28 janvier 2006 - UGC Lyon-Bastille

1963: Jack Twist (Jake Gyllenhaal) et Ennis del Mar (Heath Legger) sont cowboys et partagent cet été là la garde d'un troupeau pendant l'été. Dans le froid d'une nuit, Jack propose à Ennis de partager la tente. Une effusion de désir s'échappe et empli la tente. Mais à la fin de l'été, leur mission est terminée. Chacun regagne sa vie, la vraie vie serait-on tenté de dire, sans rien se dire, sans rien relever. Ils se marièrent chacun de leur côté et eurent beaucoup d'enfants... Mais ce paraître ne peut éluder ce qui devient une évidence: il ne peuvent désormais plus se passer l'un de l'autre. Alors régulièrement ils se dirigent vers Brokeback Mountain pour se retrouver.

Ce Brokeback Mountain est une histoire de non-dits. Ce qui est passé sous silence est source de confusion, preuve du tiraillement intérieur que traîne chacun des personnages. Cette torture des sentiments refoulés ressort du film comme si elle grignottait régulièrement une partie de son personnage. Jusqu'à conduire à son auto-destruction. Les femmes délaissées savent,  comprennent mais ne disent mot, et de la même manière Ennis et Jack communiquent peu. Oui mais en arrivant à Brokeback, tout semble se clarifier, et nos deux hommes retrouvent l'usage de la parole. Alors on comprend que leur relation les conduit au malheur quotidien.

Plus qu'une histoire d'amour gay sur fond de western comme il a parfois pu être rapidement catalogué, il s'agit d'abord d'une histoire d'amour, pendant laquelle vingt ans s'écoulent, et qui les fait refuser tout ce qui pourrait (devrait?) leur apporter la joie. La passion qui les lie appelle la jalousie, la rupture, et fait monter l'émotion chez le spectateur. Le contexte homophobe des années 60 fait le reste, en ajoutant cette impossibilité de leur relation. Cet interdit sublime leur amour, sublime tout ce qui a été provoqué par cette infime perte de contrôle ce soir d'été. Quelque chose d'imperceptible mais qui les a fait perdre pied et basculer vers l'inconnu, le refoulé, l'interdit.

Brokeback, voilà l'état dans lequel on sort du film, frappé par la dureté et l'émotion qui se dégage de ce film. L'histoire de Roméo et Juliette gagne une dimension supplémentaire avec l'homosexualité parce qu'en plus de refouler leurs propres sentiments, ils se créent un monde dans lequel l'autre n'existerait pas et dans lequel ils mènent une vie "normale", avec femme et enfants. Oui mais voilà qu'à chaque retour à Brokeback Mountain, la flamme se ravive. Et nous simples spectateurs de ce déferlement de sentiments, assistons à leur lente destruction, tiraillés qu'ils sont entre des sentiments qu'ils s'efforcent de réfuter. Ajoutez à cela des paysages magnifiques, et le spectateur est totalement impliqué dans le film et en ressort ébranlé. Brokeback. Oui l'amour est une force de la nature...


PS: le film est tiré d'une nouvelle d'Annie Proulx

Publié dans Ciné

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