Ce rêve bleu...

Publié le par yak

Le sport est l’un des rares domaines à échapper à la rationnalité. Le football est LE sport collectif aux yeux du monde entier. Le collectif. Voilà le point le plus sensible. La constellation d'étoiles amoncelée dans le stade de Francfort annonçait un grand spectacle. Pourtant la partition orchestrée par les Français a contrasté avec la cacophonie présentée par les Brésiliens. Là où le maestro Zidane, formidable soliste dont le talent n'est limité que par son physique, donnait le tempo à son équipe en lui insufflant cette envie de monter tous ensemble avec confiance, les talents de Ronaldinho , Kaka ou Juninho se sont liquéfiés en même temps que leur cohésion. Pourtant le génie de Ronaldinho, totalement absent du match, éteint par l'exceptionnel Sagnol, désormais autant défenseur qu'attaquant, fut tout près de rejaillir à la 88e minute du match lorsqu'il frappa le dernier coup franc dangereux pour les Brésiliens. Mais cette dernière occasion dorée prouve que le Ronaldinho de ce soir-là tenait plus du Ballon de Plomb. Collectif toujours, que dire de la cohésion française au niveau défensif? Jamais sous l'ère Domenech les joueurs offensifs se sont impliqués autant dans ce domaine. Jamais Zidane a autant défendu dans un match. Malouda s'est donné défensivement en soutien d'Abidal, et malgré quelques percées, s'y est épuisé. Collective encore, la faillite brésilienne sur le but de Henry, où pas moins de six Brésiliens restent scotchés, alignés sur l'entrée de la surface de réparation, Roberto Carlos étant même les mains sur les hanches, lui qui aurait dû être avec Henry.

Alors collective aussi fut la joie qui a submergé la France. Etonnant, ce pays si prompt à dénoncer les scènes de liesse démonstratives a été désinhibé par la magie du sport. Une France meurtrie, secouée entre les mains de ses décideurs, renvoyant une image brouillée au reste du monde il y a quelques mois en étant à feu et à sang; s'est relevée samedi aux yeux de tous. Le sport ravive la flamme d'un pays hésitant, replié sur lui-même.  Le sport, quelqu'il soit, est fédérateur. Si dans le passé, cette influence sur les populations a pu être détournée à des fins politiques (à l'exception notable du football où la RDA n'a jamais brillé en coupe du monde), elle crée aujourd'hui l'un des rares rassemblements d'un peuple tout entier, sans distinction de quelque nature que ce soit dans son unité.

Aux rabat-joie et autres soi-disant 'grands esprits' qui ne supportent pas que le football provoque un si grand engouement: le sport, a fortiori à l'occasion d'une coupe du monde, événement planétaire par excellence, qui est vu par au bas mot mille fois plus de personnes qu'une réunion de l'ONU, offre une tribune à des peuples qui semblent si peu prédisposés à échanger (et pas que du pétrole :p). Non pas au niveau politique, mais au plus bas de l'échelle, au simple habitant que nous sommes tous. On peut ne pas être intéressé par un sport, mais pas dénoncer les réactions de communions qu'il engendre. Après s'être fait servir de la morosité en masse, la France avait besoin de retrouver le sourire. Comme les dirigeants n'ont su le lui offrir, la France se raccroche à ses footballeurs lancés dans leur quête collective, dépositaires de leur désappointement en début de compétition, mais guides de leur espoir en phase finale. Cette possibilité d'être heureux ensemble qui semblait si lointaine il y a si peu de temps est revenue à l'ordre du jour. Le bon parcours de la France réduit à sa façon les fractures dont souffre la société française. En ces temps où l'individuel semble primer dans la vie quotidienne, cela est loin d'être anodin. Pouvoir être heureux au sein de la collectivité, voilà la sensation que doivent rétablir les décideurs pour raviver la flamme auprès de leurs citoyens...

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coralia 06/07/2006 01:16

Allez les blés! Allez les blés hihi... la France en finale :p j'aurais préféré le Portugal mais bon pas grave, mais maintenant faut pas que les italiens aient la coupe :p