Zidane, un portrait du XXIème siècle

Publié le par yak

1er juillet 2006 – France 1-0 Brésil

Ce soir-là, le n°10 de l’équipe de France joue une partition parfaite, dans un style aérien et  véloce. Il redevenait aux yeux de tous le meilleur joueur au monde, sa performance contrastant avec celle de Ronaldinho en face. Il est salué par le monde entier, des journaux espagnols qui le critiquaient cinq jours plus tôt, à Franz Beckenbauer ou Pelé. Il est désigné homme du match, à juste titre.

 


9 juillet 2006 – Italie 1-1 France (Italie gagne par 5 t.a.b. à 3)

Ce soir-là, le n°10 de l’équipe de France joue une partition parfaite, écœurant Gattuso, le chien de garde italien. Après un match contre le Portugal en demi-teinte qui suscitait le doute et l’attente, ce dernier match de sa carrière semblait définitivement tourner à la magie lorsque sur le penalty concédé par les Italiens, sa Panenka s’écrase sur la barre, mais que portée par la délicatesse de la frappe, elle décide de renvoyer derrière la ligne. Des contrôles aériens, des protections de balle efficaces, des bonnes orientations de jeu (malgré cette furieuse tendance à aller à gauche) font de lui l’un des meilleurs, sinon le meilleur joueur sur la pelouse.  Il est à deux doigts (ceux de Buffon) de donner la victoire aux siens sur une belle tête pendant la prolongation. Puis vint l’inattendu, l’irrationnel. 26 millions de Français ont ce matin cette image indélébile : celle de Zidane, ceinturé par Materazzi, qui repart vers son camp avec un sourire de dépit, qui s’arrête et se retourne mettre sa tête contre le joueur italien venu à sa rencontre. Carton rouge, retour aux vestiaires. Il n’en ressortira pas avant le retour à l’hôtel des Bleus. La France est battue.

 

Zinedine Zidane, de la lumière à l’ombre. On ne voudrait retenir que ses arabesques majestueuses, ses coups de reins lui permettant de prendre l’avantage sur n’importe quel adversaire. Mais en lui comme en chacun de nous, le joueur possède sa face cachée. Les mines posées par les Italiens dès le début de la rencontre avec les deux attentats sur Vieira et Henry ont fini par avoir raison du métronome. Celui que le New York Times avait élevé maître zen a finalement révélé sa partie la plus humaine. Il a pris 15 cartons rouges dans sa carrière, dont 12 directement. Le premier en 1993, il l’avait pris avec Bordeaux, face à Marseille. Ce jour là il avait mis un coup de poing à Desailly, répondant aux provocations des Marseillais. Il avait déclaré ce jour-là que c’était le métier qui rentrait… Mais on ne change pas un homme. Son impulsivité lui a déjà coûté un 8e de finale couperet en 1998, un Ballon d’or en 2000, et peut-être une coupe du monde en 2006.

 La vie est un combat contre soi-même et le sport en est un exutoire. Quelque part je préfère cette image de Zidane plus que celle d’un gars qui utilise son téléphone et qui appelle les gens à souscrire une assurance. Il restera à jamais un grand du foot, avec son génie que tout le monde lui reconnaît, et ses moments d’égarement, où tel écœuré par l’esprit d’un sport si souvent bafoué, il prend la peau du justicier se sacrifiant malgré lui pour défendre ses valeurs d’honneur et de loyauté. En se faisant sortir du match, Zizou s’est créé une fin à la hauteur du personnage. Génial et énigmatique. Sa violence est autant une impulsion que ses inspirations balle au pied. Après avoir renfermé les décharges d’adrénaline dans le combat, il a fini par lâcher les chevaux. Ce carton rouge lui a signifié le terme de son parcours. La tête basse, il rejoint le vestiaire, le soliste est fini. Et peut enfin redevenir lui-même. Sans que personne d’autre que ceux qui l’ont côtoyé ne puisse percer le mystère…

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daiOu 25/07/2006 22:00

cOmme dirait mOn chéri...C'est parti sur un cOup de tête .. mdr