Babel

Publié le par yak

Bienvenue dans le monde d'Iñarritu et Arriaga, celui où rien ne se fait par hasard. Un fusil dans le désert marocain, un couple d'Américains, une travailleuse clandestine en Californie, un père veuf et sa fille sourde muette à Tokyo. Comme toujours chez ces deux fous Mexicains, tout est lié. Voilà pour l'histoire, tout détail supplémentaire révélé serait criminel.

Dans le génial 21 grammes, l'histoire est locale. Ici la distance s'ajoute en constante universelle. Les histoires ne communiquent pas entre elles. Mais le destin crée des connexions insoupçonnables. Les personnages ne parlent pas entre eux, pourtant ils ont tant de points communs. Préjugés, conditionnement, angoisses, tous souffrent, et perdent une partie d'eux-mêmes. L'effet papillon dans sa plus belle expression, servi à la perfection par un excellent (une fois n'est pas coutume) Brad, un Gael Garcia Bernal pas très fin mais au coeur d'un incident de frontière. Peu d'acteurs pro, mais tout le monde donne son maximum pour se mettre au service d'un film universel.

Le scénario, pièce maîtresse des films d'Iñarritu. Un travail monstrueux derrière. La cohérence du film est parfait, la compréhension aisée. Les décalages temporels apportent de la profondeur au scénario, et évite au spectateur d'être perdu. Ils permettent d'articuler le film. Evidemment il est impossible de rendre au même niveaux toutes les histoires. Ainsi la partie japonaise est moins convaincante, malgré une image très réussie, avec ce flou artistique qui semble renforcer la solitude de chacun. Mais pour autant on est loin du délire psychologique d'un Lost in Translation. Mais le but n'est pas le même. Avec ce type, rien n'est hasard, tout est destin. Sans que personne ne puisse le précéder.

Dans Babel, on a l'expression d'un monde mondial. Des relations internationales en toile de fond. Et surtout un sentiment d'unité de la race humaine. Tant de choses nous séparent les uns des autres. Mais tant de choses nous rapprochent. La langue, la religion, le rang social nous confrontent. Mais ce qui rend heureux ou misérable nous rassemble. Iñarritu veut briser l'omerta, celle qui rend impossible la communication et l'expression des sentiments. Pour mieux représenter ces barrières à briser, une scène à couper le souffle, vertigineuse, dans une discothèque de Tokyo... A voir absolument.

Publié dans Ciné

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