La môme

Publié le par yak

La biographie d'Edith Piaf, mythe parmi les mythes qui a participé à la légende du music-hall et notamment de l'Olympia... Abandonnée par sa mère, trimballé par son père au retour de la Grande guerre, chanteuse de rue, d'abord rejetée, haïe, portant le chapeau pour un meurtre, puis finalement la gloire, la reconnaissance du public, l'amour fou pour un boxeur, puis la maladie la rattrape, accompagnée de la drogue et sans parvenir à arrêter la boisson...

Une fresque haute en couleur, un peu démembrée dans son montage, Olivier Dahan nous livre un film pas commun. Un peu comme un papillon virevoltant d'une idée à une autre, le montage donne un point de vue léger, presque enfantin, soulignant l'état d'esprit qui anime continuellement la Môme de Dahan. Ainsi la chronologie n'est aucunement respectée seul l'instinct du réalisateur a cours. Ce relatif désordre donne beaucoup de vivacité au film, avec des plans séquence hallucinants (la mort de Cerdan est à ce sujet un résumé de la vie de Piaf: déchirée dans la vie, reconstituée sur scène..).

La vie de la môme dans toute sa noirceur. Le drame se noue sous nos yeux, Piaf a vécu  continuellement de reconstruction et de malaises quotidiens. Constamment mal-aimée, elle passe sans cesse de la lumière de la scène à la noirceur de la vie, exigeant cette ombre perpétuelle le soleil levé. Cette instabilité chronique, que révèle même le flou de la caméra et ses tremblements, sera le noeud de son malheur.. à l'exception de ces rares moments de bonheur éclairant, comme ces virées New Yorkaises en compagnie de Marcel Cerdan. L'éclatement du scénario permet aussi d'éluder des points que n'a pas voulu aborder Dahan et rythme le film de manière très forte et essoufle presque le spectateur. Tout en abusant un tout petit peu de longueurs sur certaines scènes qui auraient gagné à plus de simplicité.

Côté acteurs, Ze performance pour Marion Cotillard, troublante de vérité, poussant le mimétisme jusque dans sa voix. Le masque est parfait, la Môme est paillarde, éternelle enfant pleine de caprices. Elle joue toujours juste, et est la grande artisane de la crédibilité du film. Elle nous retourne le coeur lorsqu'elle pleure, hurle, ou rit. La musique renforce cette émotion, en reprenant ses chansons les plus célèbres, et grandissant cette fusion entre Marion Cotillard et Edith Piaf, artiste toxicomane, alcoolique et sombrant dans les désillusions.. Un super film, qui tient presque exclusivement sur la performance de son interprète...

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stefie 06/03/2007 13:50

C'est décidé : j'y vais cette semaine!

Morgane 02/03/2007 22:08

Je l'ai ENFIN vu ! Je m'attendais à une grande prestation de la part de Marion Cotillard, et elle a pourtant dépassé toutes mes espérances. Moi qui connais bien les chansons et la vie de Piaf, je n'ai pas vu une actrice tentant de ressembler à Piaf, j'ai vu Piaf,  jusque dans les moindres détails. Au delà de la ressemblance physique facilitée par le maquillage, la voix était effectivement plus que troublante, les mimiques, le regard, la gestuelle, les postures... Elle l'a vraiment fait ressusciter.  J'avais lu dans des critiques que c'était le rôle de sa vie, il est clair que Marion a prouvé quel talent elle avait.
Au niveau du film, une magnifique oeuvre mais quelques points négatifs cependant. En effet il y a certaines longueurs et bien qu'il est impossible de raconter la vie entière de Piaf en 140 minutes, des passages importants de sa vie ont été zappés et j'ai été surprise et un peu déçue de ne pas les retrouver dans le film...Mais j'ai tout de même retrouvé l'esprit d'Edith : la scène c'était sa vie, le chant surtout, la solitude était pire que la mort, c'était une amoureuse transie, qui était autoritaire mais aussi qui aimait faire la fête, bien qu'elle ait eu de multiples blessures infligées par la vie.
Une grande dame, en somme. Et il était temps qu'un film lui rende hommage, surtout par l'intermédiaire d'une grande actrice...
Un excellent moment, dans tous les cas...

yak 02/03/2007 23:29

Non rien de rien, non elle ne regrettait rien. Je ne connaissais pas grand chose de Piaf sinon ses chansons et l'histoire de Cerdan. Mais ses blessures de la jeunesse n'ont jamais cicatrisé. L'absence de ses parents lui a conféré ce besoin d'être toujours encadrée par toute une équipe. Toujours à poser des limites comme on le ferait pour un enfant. Mais on ne refuse rien à son enfant. Alors ils accédaient toujours à ses demandes. Môme dans son comportement, mais déchirée dans sa vie sentimentale. Effectivement folle amoureuse, passionnée, cherchant à échapper à la noirceur de sa vie, qui finissait toujours par la rattraper jusque sur la scène alors que la maladie rongeait son corps. Je pense que c'est cet étrange paradoxe de la femme bonne vivante mais profondément marquée par le malheur qu'a voulu souligner le cinéaste, et que c'est pour se concentrer sur ce point de vue qu'il a zappé certains points de la vie de Piaf et aussi qu'il a choisi ce montage démembré. (et aussi pour faciliter l'exploitation commerciale du film, mais c'est une autre histoire). C'est pas un vrai biopic, c'est un angle de vue sur la personne Edith Piaf, et non son personnage...