Letters from Iwo Jima

Publié le par yak

Quelques mois après Flags of our fathers, réflexion ironique et un brin désabusée du traitement du sentiment patriote et de l'héroïsme à l'américaine, Clint Eastwood nous amène le pendant japonais de son film, beaucoup plus accès sur la bataille d'Iwo Jima sur le terrain, dans le camp nippon. On démarre le film alors que les Japonais se préparent à défendre ce bout de terre insignifiant qui est pourtant stratégiquement idéalement placé pour les Américains pour constituer une marche vers le Japon.

Mais au-delà du film du guerre, Clint Eastwood livre un film pacifiste, et surtout profondément humain. Il rappelle qu'au front la guerre n'est qu'une histoire d'êtres tiraillés entre leurs convictions et les ordres, les devoirs qui pèsent sur leur conscience. Les Etats-major, dans leur tour d'ivoire, tiennent des ficelles à l'insu de leurs hommes à qui on réclame l'absence de réflexion et l'asservissement consenti. Eastwood se concentre sur les histoires de quelques-uns de ces hommes, d'horizons divers, voire même ayant eu des liens forts avec les ennemis de sa Nation. Qui se dissolvent devant le nouveau contexte. L'honneur les force à changer, et à servir leur Empereur. Ils n'ont souvent rien demandé, se retrouvent ainsi au front, sur une île coupée de la métropole, livrés à eux-mêmes. Parce qu'ils se doivent de servir leur pays. Parce qu'ils sont les esclaves de leur temps et de leur hiérarchie. Ils ne sont plus humains, ils deviennent des pions. Aveuglés par des événements qui les dépasse, ils n'écoutent plus que leur courage qui leur souffle la force de protéger ceux qui ne sont pas au front: femmes et enfants, qui attendent avec anxiété le retour de leur homme tout en sachant les très grandes (mal)chances qu'il a de ne jamais revenir... et reposant continuellement la question: pourquoi se battre? Pourquoi sont-ils envoyés à l'abattoir?

Dans la forme Eastwood est égal à lui-même: jamais de plan large, caméra à l'épaule à outrance durant les scènes de combat et gros plans sur les personnages: on suit leur destin de près, on ressent leur souffrance, on est nous-mêmes pris dans les tourments du front. Ainsi le spectateur vit l'action, parfois crue, souvent émouvante, que ce soit dans les combats ou dans les scènes de vie sur le front. Ils n'ont pas d'autre choix: vaincre ou mourir. La scène aux grenades est un moment d'une intensité sans pareil, montrant également à quel point l'attachement aux valeurs et la soumission aux ordres est le dernier carburant des combattants. Mais sans doute le plus fort. De plus, l'image anthracite des scènes (comme dans Mémoires de nos pères) donnent un aspect lunaire, apocalyptique, annonçant l'inéluctable dénouement. Aucune alternative pour eux. Sinon la mort. Plus consistant que Memoires de nos pères, plus émouvant aussi, Lettres d'Iwo Jima fait couler longuement les larmes devant des hommes impuissants devant leur propre fin. Alors que la guerre est présente dans toutes les scènes, c'est le message de paix qui en ressort grandi. On ressort de la salle KO debout. Première film depuis Million Dollar Baby pour lequel mes yeux se vident de leurs larmes...

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