My blueberry nights

Publié le par yak

Elizabeth (Norah Jones) pousse la porte d'un bar à la recherche de son petit ami. Jeremy (Jude Law) lui fait comprendre que ce dernier la trompe. Alors elle décide de lui confier les clés qu'elle possède de son appart. Pour qu'il les lui rende le jour où il reviendra... S'en suit une douce amitié au fil des soirées passées autour d'une blueberry pie et qui va se prolonger sur les routes de l'Amérique profonde au cours sur lesquelles Elizabeth croisera la route de personnages au caractère bien trempé, joués tour à tour par Rachel Weisz, Natalie Portman et consorts.

La distance, l'usure. Les deux choses qui font que deux personnes ne peuvent entretenir une relation. La solitude des deux personnages, le vide qui les sépare, est l'âme du film. Un brin dépressif (remarquez, ça va bien avec la météo) et mélancolique, Wong Kar-Waï reste dans des sentiers qu'il a déjà parcouru dans ses précédents films. Seules la tarte aux myrtilles, les clés, ces petits riens, soulignent ce souvenir fugace, imperceptible, mais qui flotte dans l'esprit dans une vague de solitude...

Que dire de ce film de Wong Kar-Wai, dont je n'avais vu auparavant que In the mood for love? Evacuons les points agaçants, qu'on ne parvient à déceler qu'avec un peu de recul. Tout d'abord, le scénario du film est beaucoup trop sectionné: on a clairement trois parties presque indépendantes qui révèlent des facettes différentes des relations amoureuses, des sentiments humains. Les transitions sont inexistantes, ce qui renforce cette impression de découpage forcé. Du coup on ne peut s'empêcher de comparer ces différentes parties et force est de constater que la plus faible est celle avec Natalie Portman, surtout pour une fin tronquée (est-ce une obligation dûe au format -deux heures tout pile- et à la production pour la première fois américaine?).

Les bonnes choses maintenant (et il y en a un bon paquet)! Commençons par les sièges en cuir du Publicis Elysées. Nan je déconne. Tout d'abord, il y a la patte Wong Kar-Waï: ces petits ralentis bercés par une musique jazzy, avec des mouvements nerveux et cet efflet de flou donnant une tendance impressionniste à l'image. Le temps paraît suspendu par la voix off qui distille avec douceur le fond de sa pensée (tantôt Norah Jones, tantôt Jude Law). Mais cette image stylisée fait toujours un effet incroyable. L'ambiance sonore n'est pas en reste, que ce soit l'ennivrante scène muette au comptoir, les douces ballades (on s'attendrait presque à entendre Come away with me...). Les couleurs saturées, le flou de l'image, tout participe à nous placer en lévitation au-dessus du sol, un peu comme un parfum de jeune femme dont l'odeur se dissipe peu à peu et qui devient un souvenir inaccessible. L'esthétique est tout simplement bluffante, bien que classique de la part du réalisateur coréen. Les acteurs sont excellents, Norah Jones joue avec naturel, Jude Law est pour une fois très bien dans son rôle de patient anglais. A Rachel Weisz la meilleure prestation à mon sens, montrant une gamme étonnante d'expressions de la douleur et de la conviction. Alors bien sûr il reste peut-être un petit défaut qui est le corrolaire des qualités du film: à force de trop rechercher l'esthétique, on tombe peut-être dans un film plus contemplatif qu'autre chose... Mais qui m'a fait un effet fou grâce à un aspect lyrique, irréel, qui donne au spectateur des sensations méconnues dans une salle de cinema... Un film sur lequel je vous conseille de vous ruer à sa sortie en novembre prochain, pour une expérience inédite du cinema.

Publié dans Ciné

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Da 31/07/2007 22:51

Bon Point : Jude Law :p