Un coeur invaincu/La vengeance dans la peau

Publié le par yak

En voyant le titre vous vous dites, ça y est il a pété les plombs il mélange tout.. D'un côté on a un film un peu casse-gueule sur l'assasinat du journaliste Daniel Pearl au Pakistan, où on arrive avec la crainte d'un film dégoulinant de bon sentiments; de l'autre un énorme blockbuster d'action... et pourtant tous deux se rejoignent dans une politisation de Hollywood qui fait naître des films très réussis en ce moment. Commençons donc par Un coeur invaincu.

Angelina Jolie dans le rôle titre d'un film produit par Brad. Vu comme ça, ça fait plutôt peur. Attendez, Daniel Pearl a disparu alors qu'il devait mener une dernière interview avant de rentrer au pays avec sa femme Marianne qui est enceinte jusqu'au cou. Mais dans le contexte post-9/11, toute disparition américaine conduit à une terrible angoisse dont le dénouement nous est malheureusement connu, avec la mort par décapitation du journaliste. Le film s'attarde sur l'enquête qui a suivi la disparition, menée par une véritable armée mexicaine...

Caméra à l'épaule, image tremblotante, des gros plans partout, une certaine frénésie s'empare de l'écran, et rend compte de la tension qui règne au sein de la petite communauté impliquée dans cette affaire. Les gros plans permettent de s'attacher un maximum aux personnages, on voit physiquement l'angoisse superbement jouée par Angelina Jolie, méconnaissable dans ces conditions artisanales où elle est à fleur de peau dans des scènes marquantes, comme l'annonce de la mort de son mari, où son cri perçant révèle finalement sa solitude et son isolement par rapport à la famille au pays. Par rapport à son pays tout court également...

Beaucoup d'idées sont développées dans le film, qui s'attache beaucoup plus au personnage qu'au fond politique, effleuré toutefois en évoquant le conflit Inde/Pakistan, les conséquences du 9/11 sur les journalistes, et le patriotisme exacerbé des Etats-Unis... Mais c'est le choc humain qui subsiste dans ce film, et bien qu'on connaisse la fin tragique de l'histoire, elle percute le spectateur de plein fouet, et on sort ébranlé de la salle, l'esprit encore torturé par la dramaturgie du film. Certes l'aspect politique aurait pu être plus développé, mais le film marque principalement par son humanité.

Maintenant, passons à notre espion amnésique aux initiales de James Bond. Au niveau du scénario, c'est haletant, c'est très intense, donc je ne dévoilerai rien. Si ce n'est un rythme effreiné. Par contre toutes les petites piques adressées à l'administration Bush sont subtilement glissées. Petit florilège.

Le personnage de Bourne tout d'abord. Traqué par le gouvernement qui l'a engendré (tiens donc), il n'a plus confiance en l'administration. On lui demande de tuer quelqu'un qui a un sac noir sur la tête. Mais ne sait quel crime a commis cet homme. L'Etat est devenu si paranoïaque, que lui, citoyen américain, devient leur cible. Et de nombreuses répliques appelant à l'incompréhension de l'agent Bourne envers le combat qu'il était censé mener dans sa précédente vie. Bienvenue en Irak. J'adore.

Et comme dans la forme c'est très bien fichu grâce à la patte de Paul Greengrass qui parvient à réaliser l'exploit de faire mieux que pour The Bourne supermacy. La caméra tremble, vibre en permanence, donne une sensation d'insécurité et de tension incroyable. La musique renforce cette impression d'opression et nous emprisonne dans la peur lorsqu'elle s'efface pour ne laisser place qu'au souffle de Bourne. Et nous pauvres spectateurs, sommes cloués dans nos baquets pour voir ce qu'il va advenir de Matt Damon, transformé en Jack Bauer pour l'occasion pour un grand numéro d'acteur en espion classe mais terriblement commun. Il aurait pu être un Mr Anderson matrixien... Enfin bref deux heures de folie pendant lesquelles on n'en perd pas une miette et on ne se pose pas de questions... pas le temps :)

Publié dans Ciné

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